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Moi Anthony ancien enfant des rues

septembre 24th, 2014 | by admin
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Anthony Chancelvie Nkounka est un ex phaseur (terme courant pour désigner un enfant de la rue Ndlr). Aujourd’hui âgé de 19 ans, il a quitté la rue et s’est reconverti en chargeur de bus. Rencontre.

 

T-shirt orange, jeans, poignées de sudation, tongs aux pied, Anthony se fend d’un sourire à notre vue. Impatient de raconter son histoire. Son français est appoximatif, aussi préfère-t-il se livrer en lingala (une des langues nationales).

 

A l’arrêt de bus de l’ex-CCF sis à la place de la République, tout le monde le connaît. Des contrôleurs de minibus et de coasters le raillent. “Tu t’es trouvé une momie (terme locale pour désigner une fille) Anthony ? Lui de corriger : c’est ma yaya (grande soeur) !

 

Anthony s’empresse de me présenter à celle qu’il appelle “sa petite maman”. Claire tient depuis 15 ans une papeteie par terre, dans la rue voisine. Elle n’est évidemment pas une parente, mais le connaît depuis l’époque où il traînait encore dans la rue. Elle témoigne.

 

 

Tout bascule lors du décès de sa mère. Son père adjudant chef dans l’armée abandonne ses deux enfants. Alors agé de 10 ans, Anthony est recueilli avec sa sœur, 4 ans, par un oncle.

 

“J’ai commencé à trainer avec une bande d’enfants. Nous nous retrouvions dans la rue pour mendier(…). Mon oncle ne s’occupait pas vraiment de nous”.

 

A l’inverse des autres enfants de la rue, Anthony lui a un endroit où dormir. Mais il choisit la rue comme refuge. Abandonné à son sort, il doit faire face à un quotidien violent et dur. “Nous passions notre temps à mendier, à fumer du chanvre et à snifer de la colle. A cause de ces drogues, nous nous battions souvent”.

 

Combats imposés à la lame de rasoir

 

Anthony2Leur répère, l’immeuble désaffecté de l’UAPT, aujourd’hui en cours de réfection était un no man’s land. “Entre nous, il n’y avait pas vraiment de chef. Le respect revenait à celui qui se montrait le plus féroce. Nous étions parfois sous la tutelle d’un grand, un enfant de rue lui aussi, qui gérait les bandes de phaseurs de Bacongo (2ème arrondissement de Brazzaville).

 

Au lieu de les protéger, il les dressait les uns contres les autres à la moindre tension. “Quand on se disputait entre nous, il nous imposait de nous battre avec des lames rasoirs. Et celui qui mettait le plus de coups de lames à l’autre remportait le respect”. Des stigmates indélébiles qui marquent encore son corps.

 

Chargeur de bus improvisé

 

Face à un quotidien de violence, Anthony garde une candeur enfantine. Alors que ses compères se démarquent par leur agressivité, il reste poli et serviable. “Il était différent. Toujours dans l’ombre des autres, il se laissait un peu entrainé. Quand on lui a volé ses vêtements nous avons décidé de l’aider. Aujourd’hui il a meilleure mine”, témoigne Grâce alias Abracadabra, qui tient un parking lavage auto.

 

“Tu es bientôt un homme, il faut que tu prennes soin de toi”, lui fait-on remarquer. Il s’improvise alors chargeur de bus. Un petit boulot qui consiste à crier la destination d’un bus afin de le remplir rapidement le bus.

 

Tous les jours, entre 7h et 18h, Anthony donne de la voix pour haranguer les clients, pour une rémunération de 100 frs Cfa pour chaque minibus chargé et 150 frs Cfa pour les plus grands bus. Ses recettes journalières varient entre 3 500 frs et 5 000 frs.

 

“A la fin de la journée j’ai la voix toute cassée”, livre t-il, mais au moins ça me permet de ne plus mendier, de pouvoir m’acheter de quoi manger”.

 

“ Je comprends vite, mais je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école”

 

 Anthony5Désormais indépendant, le jeune homme rêve de passer une formation en soudure ou un permis de conduire afin de trouver un emploi stable. Anthony n’a pas fait d’études. Il lui reste quelques vagues souvenirs du CP, au sortir de la guerre.

 

“Je sais que je suis intelligent. Je comprends vite, mais je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école. Je ne sais pas lire et je sais à peine écrire, surtout les chiffres”.

 

Alors qu’il doit s’occuper de sa sœur de 13 ans qui vient d’être mère, Anthony caresse le rêve d’avoir des revenus conséquents pour fonder lui aussi une famille. Et c’est tout le bien qu’on peut le-ui souhaiter.

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5 Comments

  1. Merci pour cet article. J’ai vu grandir ce petit dans la rue. Entre enfance abîmée et respect, il m’avait inspiré ce poème : « Ma lettre »
    Ouvrez cette lettre !
    Découvrez sa raison d’être !
    Il est peut-être seul
    Mais ne l’écartons pas de la meule.
    J’ai vu des rivières sur les dunes de ses joues,
    Sa chevelure est peuplée de poux.
    Toutes les eaux refusent ses habits,
    Les toits se démontent à sa vue.
    Son adresse, tante et oncle ont perdue.
    Sa bouche miraude
    Ne voit plus rien passer.
    S’il en pleure,
    Ça m’écoeure.
    Lisez bien cette lettre !
    Comprenez sa raison d’être !
    A ma jambe il s’est accroché,
    Cessant de pleurer.
    Il m’a appelé du nom de son père
    Et affirmé que je serais sa mère,
    Eux dorment depuis sa naissance.
    A Noël il m’a demandé un jouet d’enfance,
    Un cahier pour étudier la grammaire,
    Un livre pour parfaire son vocabulaire,
    De la nivaquine
    Pour sectionner sa malaria.
    Lisez mieux cette lettre !
    Dégagez sa raison d’être !
    Pour sa force, il m’a demandé un père,
    Pour sa douceur, il m’a demandé une mère,
    Pour étancher sa faim, il m’a demandé des bons-bons
    Pour sa paix, il m’a demandé des bons moments.
    A son oreille attentive
    J’ai soufflé telle une caresse émotive :
    Je connais un mot
    Qui chasse les maux,
    Un mot qui efface le noir.
    Un mot qui lave tout comme un frottoir :
    Les larmes, les drames.
    Un mot qui console les âmes,
    Un mot qui vit dans mes entrailles
    Et qui fait taire les batailles.
    Un mot qui quand je le prononce,
    Déracine la malchance.
    Je connais un mot heureux,
    Un mot qui réalise tous les voeux.
    Un mot plein de pouvoir : L’ESPOIR
    Dès lors, il s’endort sur l’espoir des jours meilleurs.
    Si quelqu’un d’entre vous reconnaît ma signature,
    Qu’il porte ce message à la nature.
    (Brazzaville 2002, 5ème prix ETIKE)

  2. Lauryathe Céphyse Bikouta says:

    Bravo à Ifrikiamag d’être toujours très proche de la société congolaise, de son quotidien… Anthony est un enfant du CCF, c’était là son dortoirs avec ses amis de fortune. Malgré son état il avait du respect pour ses mamans, ses tonton, ses papas, des parents qui lui manquaient dans sa vraie vie. je me rappelle des nombreuses fois où nous avons échangé. l’un de mes plus beaux moments avec lui était l’année passé. j’étais très heureuse de voir qu’il avait effectivement changer sa vie. Oui, il faut aider cet enfant, cet jeune qui n’a pas demandé à venir au monde pour souffrir. j’espère le revoir encore en novembre.

  3. emile says:

    Encore un témoignage fort et plein de sens, bravo Ifrikiamag, tu nous donnes le vrai poul de Brazza, malgre la dureté de l’histoire d’Anthony, il nous prouve qu’il y a encore de l’espoir ! Pourvu que ça dure…

  4. Privat Tiburce says:

    Une autre très bonne façon de faire du journalisme. Il n’y a pas que les sujets politiques qui doivent intéressés les hommes et femmes de média.Tu trouves de très bons sujets là où nombreux ont le regard attiré par de « non sujets ». Histoire émouvante. Celle de beaucoup d’anonymes qu’on croise sur nos chemins. Par ailleurs, j’apprécie le bon usage que tu fais du multimédia: texte, image, son et vidéo. Ifrikia moké, Ifrikia monéné!!!

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