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La religion de la sape

July 24th, 2014 | by admin
La religion de la sape
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La sape une religion? Oui si l’on se conforme à ses adeptes.  Au Congo cet art de vivre se décline en une prière et en dix commandements. Zoom sur un culte consacré.

 

‘Tu saperas sur terre avec les humains et au ciel avec ton créateur’’. Ce premier précepte des dix commandements de la sape visiblement calqués sur ceux de la bible établit les faits : être sapeur, c’est l’être entièrement et pleinement. D’ailleurs, il est répandu dans la sphère de cette très selecte société des ambianceurs et des personnes élégantes qu’on naît sapeur et qu’on ne le devient pas.

 

Evangéliser par le vêtement

 

Alors que l’inculte n’y voit qu’une culture de l’extravagance, du m’as-tu vu, ses adeptes eux le voit comme une inspiration divine, une mission salvatrice. « Les français ont le fromage… nous avons la sape. Nous avons la légitimité de légiférer sur l’esthétique vestimentaire de toute la planète car cette autorité nous vient de Dieu qui nous a donnés les dix commandements du ‘‘sapelogue  averti’’ à graver sur du marbre », argue avec force Ben Moukasha, grand prêtre et inspirateur des dix commandements et de la prière du sapeur.

 

L’une des missions premières du sapeur est de porter la ‘‘bonne nouvelle’’ auprès des incultes. ‘‘De par ta prière et tes dix commandements, toi sapelogue, sapeur, tu coloniseras les peuples sapephobes’’. Ce commandement (le 10ème) est un appel à la croisade, à l’évangélisation par le vêtement.

 

‘’Tu ne seras pas violent, ni insolent’’

 

Outre cette verve quelque peu agressive vis-à-vis des incroyants, la sape revendique une philosophie qui allie culte du beau et amour universelle. ‘‘Les voies de la sapelogie sont impénétrables à tout sapelogue ne connaissant pas la règle de trois, la trilogie des couleurs achevées et inachevées’’, 4ème précepte.

 

La couleur est, en effet, au centre de cet art divin ; les puristes ont édicté la théorie des trois couleurs que tout bon sapeur se doit de respecter. « La sape c’est la règle des trois couleurs. Tout comme dans la religion (catholique Ndlr) on a le Père, le Fils et le Saint‐Esprit ;  de toutes les couleurs de l’arc‐en‐ciel, on n’en perçoit que trois principalement», explique Samba Le Maire, élu meilleur sapeur du Congo en 2011.

 

A côté de l’esthétique, c’est également une culture qui vise le bien‐être de la personne. « La sape, c’est une religion de la non‐violence », poursuit Samba Le Maire, par ailleurs ambassadeur pour la paix universelle. A Brazzaville, les sapeurs se sont notamment distingués en organisant des carnavals pour la paix. De nombreux ex-combattants s’y sont dorénavant convertis établissant cet art comme instrument de paix. Une valeur répertoriée dans les fameux préceptes : ‘‘Tu ne seras ni tribaliste, ni nationaliste, ni raciste, ni discriminatoire’’ ‘‘Tu ne seras pas violent ni insolent’’ (commandement 7 et 8).

 

‘‘O science de la sape…, je te vénère du plus profond de mon être’’

 

Autre principe religieux à côté des dix commandements, la prière du sapeur ; inspirée elle aussi de la bible. C’est en effet, une reprise du ‘‘Pater Noster’’ assaisonnée aux discours fleuri propre à la sape. Une prière à connaître par cœur et à réciter quotidiennement, notamment avant une joute.

Toutes ces pratiques rituels sont, bien entendu, le b a ba dans l’apprentissage d’un art jugé fantasque par les incultes, et spirituels pour ses adeptes.

« Que la Sapelogie soit avec vous et dans le cœur de tous les sapelogues et sapeurs. Amen ».

 

Lire aussi : Les 10 commandements et la prière du sapeur

 

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3 Comments

  1. Ephrem Makele says:

    En tout cas Ifrikia! Quel bon article! J’ai aimé.

  2. Huguette Nganga M. says:

    Article rendant compte d’une réalité. Le travail du journaliste a été fait, car chère consoeur, tu traites ici d’un sujet d’actualité.

    Là où je pense que cette histoire de la sape est en train de nous tirer vers le bas, c’est le fait que tout ce qu’il y a autour est une copie de quelque chose qui existe déjà, que d’autres ont inventé et que nous l’on récupère pour en faire un patrimoine. Et on parle d’art.

    Les habits ne sont pas fabriqués par nous. Les prières et les commandements sont des reprises des valeurs d’autres civilisations.

    Chacun de nous est libre d’aimer, de faire des choix. Mais là où je suis contre cette affaire de la sape c’est le fait que de manière insidieuse, on est en train de faire rentrer dans les esprits de certains que cette chose fait partie de l’être congolais, certains disent même que c’est notre culture. La sape n’a aucune racine dans la culture de mon pays. A moins que je ne sache pas ce qu’est la culture d’un peuple. La seule originalité que je reconnais à cette pratique est le fait de jouer les clowns sans talent.

    Que les adeptes se sentent libres de faire ce qu’ils veulent, porter, exhiber des griffes, prôner la non violence. Mais de grâce qu’on ne se cache pas derrière un gage culturel qui n’existe pas. Il faut avoir le courage d’assumer ses choix, sans vouloir se justifier à tout prix.

  3. Pingback: “Sapés comme jamais”, photos de Baudoin Mouanda Ifrikiamag

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