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Coupé-décalé made in congo: un succes-story à l’arrière-goût grivois

juillet 18th, 2014 | by admin
Coupé-décalé made in congo: un succes-story à l’arrière-goût grivois
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Objet de vertes critiques, le coupé-décalé congolais n’en récolte pas moins un succès prodigieux. Décryptage d’un succes-story controversé.

Par Christian Massamba

 

Il ne se passe pas un jour sans que le coupé-décalé congolais n’arrache un soupir de réprobation. Tout comme pas un jour aussi sans qu’il ne conquiert de nouveaux inconditionnels. Il en va ainsi de  ce style musical: son rejet n’a jamais écorné son rayonnement. Un paradoxe qui s’explique néanmoins.

 

Début des années 2000. Ce nouveau genre musical atteint les berges congolaises. Il s’est déjà sculpté une belle réputation en Côte-D’ivoire, son berceau. Doug Saga, Petit Yodé, Assalfo…suscitent des vocations auprès d’une armée de DJ officiant à Brazzaville et à Pointe-Noire.

 

Dose – volontairement exagérée – de vulgarité

 

Mais s’ils se mettent à cette sauce avec appétit, les Congolais vont l’épicer de nouveaux ingrédients.Un zeste de rythmique sans recherche, une pincée de mélodie empruntée aux chants populaires religieux ou scolaires, une dose – volontairement exagérée – de vulgarité, d’obscénités, loin de la matrice ivoirienne, miroir des tourments d’une société où mal-être et incertitudes politiques forment un entrelacs.

 

Mais les coupés-décaleurs  »vert-jaune-rouge » ne défrichent pas une contrée vierge. Il font irruption dans une société négociant un tournant délicat. Les difficultés sociales, l’Internet, les chaînes de télé étrangères scient à la tronçonneuse les derniers piliers du tabou sexuel. Intuitifs, les DJ jacassent sur les décombres de l’édifice démoli et se lancent allègrement dans une joyeuse foire aux obscénités.

 

Parmi mille, quelques expressions suggestives peuvent se prévaloir d’être de vraies pépites dans le registre de l’indécence. Musa nungu(mets-lui du piment Ndlr), Il a pissé dedans, kima kikotele (la chose est entrée), mupepe ke na kôta (l’air s’engouffre), nwita nwi (allusion aux sensations épicées du coït)… Résultat: une jeunesse et une certaine frange sénile décomplexées aux anges!

 

Réhabiliter la censure ?

 

Bars, boites de nuit, bus, taxis… les îlots qui ne sont pas encore engloutis par le flot de cette pornographie sonore (dixit un célèbre chroniqueur de musique de Brazzaville) sont rarissimes. « C’est très difficile à supporter. Il faut faire quelque chose contre cette musique », suggère Eugène, père de famille. Comme lui, nombreux appellent de leurs vœux à une levée de boucliers.

 

Pourtant déception jusque-là. Alors que beaucoup espèrent la réhabilitation de la censure, force est de constater qu’aucune mesure n’a été prise. Une inertie illustrative de l’accoutumance de la société congolaise. Tandis que les noms de personnalités politiques, chefs d’entreprises ou responsables militaires sont massivement-et impunément-cités dans les morceaux.

 

Sentant le vent tourner, voilà que la mythique rumba a, elle aussi, emboîtée le pas, descendant de son piédestal pour se doper au régime des obscénités. »A qui la faute ? » s’est interrogé un homme au cours d »une vive discussion dans un bus. Lorsque les uns accusent les DJ, d’autres dénoncent la dépravation de la société congolaise. Des pistes de réflexion à poursuivre.

 

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