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Parlez-vous wala-wala?

May 11th, 2015 | by admin
Parlez-vous wala-wala?
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Parlez-vous wala-wala ? A la croisée du  chinois, du français, du lingala ou du kituba, ce créole sino-congolais est né sur les chantiers de construction sino-congolais. Florilège de quelques expressions.

 

« Toi misu-misu comment swè patir » traduction : ‘‘fais attention au sens du courant de l’eau’’.  La phrase désormais célèbre quand on parle du wala-wala (du français voilà-voilà Ndlr) ou misu misu, miso miso (du kituba et lingala regarde, vois Ndlr).

 

Au départ sur les chantiers de construction où ouvriers chinois et congolais travaillaient, le langage de signe ou la gestuelle prévalait comme mode de communication. A force d’échanges, une langue a fait florès.

 

Une sorte de créole sino-congolais, détonante mixture de mots simples, souvent imagés. Résultat : des expressions assez drolatiques, un parler spécial qui a pour vocation de créer la convivialité. «Moi vois vois toi nyoka nyoka comme ça pas bon hein » !  Littéralement tu es glissant comme un serpent (Nyoka en lingala ou kituba veut dire serpent) se dit de l’attitude rusée ou ambigüe d’une personne.

 

Resserrer les liens entre les personnes 

 

Autre expression : Toi beaucoup Ali Baba, en référence au célèbre conte des mille et une nuits Ali Baba et les quarante voleurs pour dire de quelqu’un qu’il est voleur. A noter la simplification des constructions des phrases qui est non sans rappeler le parler banania.

 

“Yesua pas makuta, toi kufela, Yesua pas makuta, toi pas miso miso ah? Si tu vas à l’église pour prier Jésus, tu ne vois pas que Jésus ne te donera pas d’argent” « Moi y en a en ville, après moi yaka yaka et puis moi paler paler toi, moi ni wolo wolo toi » : Je suis en ville, je vais venir, on discutera, je ne vous raconterai pas de blablas.

 

 

Plus qu’un moyen de communication, cette langue resserre les liens entre les personnes qui la pratiquent. Comme cet ouvrier proposant un moment de détente à son supérieur : « Chefu  aujourd’hui toi et moi pati casino, là bas, misu misu madamou, nikou ». Traduction : Chef, nous irons dans un casino et là-bas nous rencontrerons des dames et nous prendrons ensuite du bon temps.

 

Voire parfois à apaiser les échanges lors de situation de tension. Comme  l’illustre la retranscription rapportée d’une dispute souvent courante entre ouvriers chinois et ouvriers congolais:

 

-Toi ni connais ou pas ni connais ? (Tu sais le faire ou pas ?)

– Ami ah, attention, moi yaka ici manger pas toi et puis toi pas manger moi, et puis moi yaka comme ça demain, toi parler… moi wawa Yesua (traduction : Mon gars, ça n’est pas toi qui m’a trouvé ce boulot, ça n’est pas toi qui me nourrit, donc arrête de me chercher des embrouilles sinon je vais tellement te battre à mort et t’iras voir Jésus au ciel)

 

-Toi ni taper taper chefu ? Est-ce que comme ça c’est bon, moi ni couper couper toi fina (traduction : comment ? Tu veux battre ton supérieur ? Est-ce que c’est bien ça ? Je pourrais faire couper ton salaire, tes finances)

-Congolais comme ça ou pas comme ça (traduction : les congolais ne se comportent-ils pas bien ?)

 

Wala-wala Brazzaville, wala-wala Pointe-Noire

 

 Même si les mots français, lingala ou kituba prédominent, on relèvera tout de même l’emploi de quelques mots chinois. Swè  (traduction : eau),« Toi misu-misu comment swè patir ». A force de mixer entre les deux langues locales, deux parlers wala-wala se distinguent : celui de Brazzaville à forte dominance de mots lingala et celui de Pointe-Noire avec des mots kituba.

 

Pour les usagers congolais de cet idiome comme Frey, travaillant sur un chantier avec une société chinoise « c’est un langage coupé cloué qui ne nécessite pas un apprentissage, tout n’est que question d’habitude ».

 

En attendant que ce parler ne se popularise, voici un petit clin d’œil en  wala-wala des chinois aux congolais, la bonne blague sur leur imprudente conduite, en référence aux nombreux accidents mortels sur la Route Nationale 1 : « Route finie, congolais fini ». Et si les congolais s’y mettaient aussi pour leur répondre ?

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One Comment

  1. Rylch NGUIMBI says:

    En fait, swè, est une mauvaise prononciation de 水 ”shuĭ” , eau en mandarin.
    J’aime bien le wala-wala, il facilite la communication entre ouvriers et contre-maitre iu chef de chantier. Vu que les interpretes ne sont pas au service des ouvriers.

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